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Petit portrait de Maëlle Dubourg • #Arts et créations


J'ai rencontré Maëlle proche de Guingamp, un soir d'équinoxe, pendant son périple d'été. Elle y donnait sa conférence poétique dans laquelle j'ai laissé plonger mon corps et mon âme. Un moment inconfortable pour moi est devenu magique sur l'île des Nummes. Comme le monde des humains est petit, nous avons très vite retissé tous les liens de personnes que l'on connait sur différents territoires. Le caractère pluriel est présent de manière singulière car Maëlle se dépatouille entre plusieurs mondes avec ancrage et magie. Elle a pour moi ce discret génie jusqu'au bout de la plume de la plus belle simplicité qui touche au coeur, comme un enfant à qui tu ne pourrais pas dire non s'il te demandait la lune, et au contraire, à qui tu redemandes avec attention les formules magiques qu'il prononce, car tu finirais bien par y croire pour de bon ! Merci d'exister.

PS : achetez-lui ses dessins, parce qu'elle le vaut bien.




Pour entendre la version avec la voix, ouvre tes oreilles et le coeur...





Qu’est-ce qui t'émeut et te meut ?

La couleur jaune, les bulles de savon, la magie, la mer, les histoires, le poétique, les saisons, l’infiniment grand et l’infiniment petit, rire beaucoup, les montagnes, les lieux secrets ou insolites. Le palais idéal du Facteur Cheval. Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Les cabines téléphoniques. Le courrier, les boîtes aux lettres et les boîtes à livres. L’art contemporain. Ma petite sœur qui danse. Les gens qui s’aiment. Le silence.


Qu'est-ce qui est au centre de ta vie aujourd'hui ?

L’art et le voyage me portent aujourd’hui et remplissent mon quotidien.

Dans l’art, il y a pour moi le dessin qui, après des années où il n’était qu’en arrière fond, est revenu se faire une place dans mon quotidien. L’écriture qui me fait découvrir des mondes inconnus de tous, la danse, la performance et toutes sortes de pratiques corporelles pour me sentir vivante et connectée à mon corps et la cuisine pour être à ma manière en lien avec la nature, la transformer en créations culinaires et les offrir ensuite aux papilles.

Dans le voyage, il y a les voyages à vélo qui me permettent de me déplacer, qui me font goûter la lenteur, qui invitent à la rencontre, à l’émerveillement, à l’aventure, au challenge physique. Il y a aussi les voyages statiques et poétiques pour me raconter des histoires, pour rêver et pour pouvoir ensuite partager et en faire voyager d’autres.


Comment prends-tu soin de toi ? C'est quoi tes ingrédients ?

Me faire masser par ma maman au coin du feu. Cuisiner un repas coloré. Faire une pause des réseaux sociaux. Regarder une vidéo d’un.e humoriste. Rire aux éclats. Me retrouvée seule. Lire un livre. Aller me baigner dans la mer en toutes saisons. Boire un thé avec un.e amie.


C’est quoi ton premier souvenir autour de la thématique { Arts et Créations } ?

Une rencontre marquante qui fait que tu es là aujourd’hui ?

J’avais 9 ans je crois, c’était le marché des créateurices dans la salle polyvalente du petit village ou j’ai grandi. Il n’y avait pas grand chose de très intéressant mais, il y avait une dame qui exposait ses toiles, c’était de la peinture très abstraite. Elle m’a expliqué qu’elle n’utilisait pas seulement de la peinture, mais aussi de la cire de bougie, de la mousse à raser etc… Je suis revenue plusieurs fois dans le weekend voir son stand (j’habitais juste à côté). J’étais fascinée.

Suite à ça j’ai demandé à ma maman de m’acheter des toiles. J’en ai fait une, puis une autre. Puis avec mon argent de poche je me suis achetée des tubes de peinture acrylique, des pinceaux plus gros, des plus grandes toiles. Et j'ai commencé à me mettre à faire de la peinture abstraite. Ma chambre était un joyeux bazar aux allures d’atelier d’artiste. L’année suivante, j’ai demandé à la mairie si je pouvais exposer mes toiles sur ce même marché. J’avais 10 ans et je faisais ma première exposition. Des gens voulaient m’acheter certains de mes tableaux. Je ne m’y attendais pas, je disais que je ne les vendais pas. J’y étais trop attachée. Un monsieur m’a dit “oh tu verra avec le temps un jour tu les vendra.” (et il avait raison). Un journaliste avait également écrit un article dans le journal intitulé “Maëlle l’enfance de l’art”.

Je ne me souviens pas avoir été fière. Je ne me souviens pas m’être dit que c’était fou de faire ça alors que j’avais 10 ans. Je ne me souviens pas m’être dit “Oh non c’est trop compliqué”. J’ai seulement le souvenir que tout était naturel, simple, facile et que je faisais ce que j’avais à faire.


Qu’est ce que tu aimes raconter de ton projet "l'île des Nummes"?

Les Nummes sont les habitant.e.s de l’Île des Nummes. Je les ais rencontré.e.s il y a quelques années et, en avril 2020, il.elle.s m’ont invitée sur leur île. Comme j’avais du temps devant moi, j’y suis allée et j’y suis restée pendant presque deux mois. J’ai découvert des paysages très colorés, des éléments absurdes que j'avais envie de comprendre, j’ai commencé à apprendre le langage particulier des Nummes etc…

Depuis, je retourne régulièrement en voyage là-bas. Je reviens de mes voyages avec des dessins, des carnets, des histoires, pleins de petits objets, des peaux-aimes et beaucoup d’autres choses que j’adore partager et faire découvrir aux humain.e.s qui ont envie d’en entendre parler.



La question que tu n'aimes pas que l'on te pose...

“Quel genre de musique tu écoutes ?”

ARGHHH ! Je déteste cette question. Je n’ai jamais su y répondre. Je n’en sais rien. J’écoute de la musique c’est tout. Parfois je tombe sur une musique et je peux l’écouter en boucle pendant des semaines. Parfois je n’écoute rien pendant plusieurs mois (souvent quand je suis en voyage).



Quels sont tes apprentissages personnels à travers ce projet de conférence poétique et de tout cet univers visuel que tu as ?

J’apprends à vendre mon travail. J’apprends à vendre mon travail avec plaisir, à ma manière. Par exemple : j’ai essayé de me mettre aux réseaux sociaux (sous les conseils de tous), mais non, ça ne m’enthousiasme pas, ça me prend trop de temps et ça alimente beaucoup trop mon égo. (Et puis ce n’est franchement pas très lucratif au final…) Ce qui marche le mieux pour moi c’est d’aller à la rencontre des gens, de leurs raconter en direct qui sont les Nummes, de leurs parler de moi, de sortir de mes valises mes découvertes sous leurs yeux. Les gens sont bien plus touchés que par une photo instagram, un réel lien est établi. C’est bien plus enthousiasmant qu'être devant mon ordinateur et me demander ce que je vais raconter pour que les gens achètent mes dessins. C’est beaucoup plus naturel et joyeux la rencontre directe. Je sens que je vis un échange et d’ailleurs je n’ai pas la sensation d’essayer de “vendre” ce que je fais. C’est aussi difficile de me positionner, de mettre des prix, d’augmenter les prix car je me rends compte que non 25€ pour un dessin, pour une œuvre d’art qui m’a demandé une journée de travail ce n’est pas assez. De doubler, voir tripler les prix, avoir peur du chiffre qui va sortir de ma bouche quand on me demande “ça c’est combien ?” Le dire. Dire un nombre avec 3 chiffres. Sentir que je transpire. Voir que la personne l’achète. Me demander pendant plusieurs jours si je ne l'ai pas arnaquée etc.. J’essaye de me détacher du sentiment de culpabilité de vivre d’un travail qui me plait. De demander de l’argent pour des choses que j’ai fabriqué avec plaisir. C’est vraiment difficile. Un jour dans un covoiturage, le conducteur était vendeur de voitures. On discutait de mes difficultés à augmenter mes prix et à vendre. Il m’a dit “tu sais moi je fais payer 80€ pour une vidange, ça me prends 20min et les gens payent 80€ sans se poser de question. Toi si tu calculais le temps que tu passais sur un dessin et que tu faisais payer 80€ pour 20 minutes. Ce serait quoi le prix de tes dessins ?” Je repense souvent aux échanges que j’ai eu avec ce monsieur (nous avions eu le temps de parler car nous traversions la France), c’est drôle mais je crois que ces conseils de vendeur de voiture m’ont sérieusement aidé. M’ont apaisé et déculpabilisé en tous les cas. Je prends conscience aussi que nous ne sommes pas éduqués au prix de l’art et de la création. J’ai la sensation qu’il y a une sorte d’inconscience collective concernant le prix de l’art et la rémunération des artistes.

On a en tête que l’art c’est pour les riches, on trouve que l’art c’est cher. Et pourtant on a en tête que c’est galère pour les artistes de vivre de leur travail. C’est bizarre, c’est bien contradictoire tout ça.

On dit aussi souvent que les artistes n’arrivent pas à se vendre. Moi je ne crois pas que le problème vienne des artistes, mais plutôt des mythes qui sont créés autour des artistes. Le mythe de l’artiste bohème, fainéant, dépressif et drogué. Il y a des images dans la tête des gens quand on prononce le mot “artiste” et c’est difficile de s’en extraire.




Qu’est-ce que t'évoque l’image de la mosaïque ?

La première image qui me vient quand je pense au mot “mosaïque”, c’est le Musée Gallo-Romain de Saint-Romain-en-Gal. J’ai grandi pas très loin de Vienne en Isère et j’y suis allée plusieurs fois petite avec l’école ou bien ma famille. Il y a plein de mosaïques restaurées qui datent de l’époque gallo-romaine. Certaines sont très grandes. C’était impressionnant de se dire que des personnes avaient, il y a plusieurs milliers d'années, fabriqué minutieusement ces mosaïques petit carreau par petit carreau. Et que des archéologues et restaurateurs aujourd’hui on reconstitué ces mosaïques petit carreau par petit carreau. Ça fait maintenant peut-être 15 ans que je n’ai pas mis les pieds là-bas. Je suis pourtant passée devant tous les jours durant mes années lycée. En écrivant ça, ça me rend curieuse, je me demande s'il y a toujours les mêmes mosaïques exposées.



Si tu étais une question, tu te formulerais comment ?

"Mais où vont les Bummes pendant la nuit ?"


Quels sont les endroits-situations où le mensonge peut s'évaporer ?

Dans la danse et les pratiques corporelles peut-être ? Je crois que je ne peux pas mentir avec mon corps. Ce qui est là est là. Je ne peux rien cacher.


Comment ça se passe entre l’énergie argent et toi ?

Ça change selon les périodes, selon mes revenus. Certains jours j’aimerais m’émanciper de l’argent, ne plus en avoir besoin, vivre sans argent. D’autres jours j’aimerais en gagner beaucoup pour pouvoir faire plein de choses que je ne peux pas faire sans. Cet hiver je n’ai pas gagné grand chose, je sentais que mes économies baissaient alors il y a avait du stress vis à vis de ça. Et cet été j’ai gagné de l’argent sur les routes grâce au spectacle de l’Île des Nummes et à la vente de mes dessins. Ça me permet de continuer à créer. De continuer à faire ce que j’aime.



Quelle place fais-tu au don dans ta vie ? Comment le vis-tu ?

J’ai créé une école démocratique il y a quelques années, j’ai beaucoup donné. J’étais bénévole l’année de création ainsi que la première année d’ouverture (j’y travaillais beaucoup plus qu’un temps plein). La deuxième année j’avais un petit salaire et la 3eme année j’étais épuisée. J’avais clairement trop donné par rapport à mes capacités mentales, psychologiques, physiques, financières… Mon “réservoir de don” était à sec.

J’essaye de faire attention maintenant. De donner ce que je peux, de faire attention à ce que mon réservoir soit plein, de le recharger régulièrement etc…


Si tu devais partager 3 « endroits où être » avec des porteurs de projets que tu affectionnes particulièrement ce serait...

☀️ Le réseau ARMODO, ARts en MOdes DOux, c'est un réseau d'artistes et de compagnies qui font le choix de se déplacer en vélos, voiliers, roulottes etc pour leurs tournées

☀️Enfance libre, un mouvement de désobéissance civile visant à défendre le droit des familles de choisir le type d'instruction que reçoivent les enfants.

☀️Nus & Culottés, Nans & Mouts, ces deux adorables humains qui m’ont beaucoup inspirés dans leur manière de voyager !



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